Bois de la Bagasse
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Le concours du plus grand menteur
Quelques arbres. Il s’agissait seulement de couper encore quelques arbres. Quelques ? Oui, quelques ! Interrogé par la Tribune de Genève (14.4), le préfet Pierre Soubelet déclarait : « Je fais couper uniquement un nombre d’arbres réduit ». Aux membres des associations accourus sur le terrain, le représentant de l’ONF (si courageux qu’il refusait de décliner son identité) donnait sa parole : « 84 arbres seront laissés au bout du pré de la corne, pour faire un rideau ».
Trois semaines plus tard, la réalité est tout autre. Massacre à la tronçonneuse. Loin à la ronde, on ne voit plus que des dizaines et des dizaines de troncs à terre et autant de souches suintant encore de la sève de printemps, preuve d’un abattage récent.
Dimanche dernier, une quinzaine de personnes se sont rendues sur le terrain pour effectuer un relevé. 335 souches d’au moins 15 centimètres de diamètre (dont plusieurs dizaines de plus d’un mètre) ! Un nombre réduit, selon le préfet. Cherchez l'erreur. Quant au rideau d’arbres, qui devait compter 84 unités, il en reste moins de 20 ! Tous largement étêtés, alignés en rang d’oignon sur une seule épaisseur et, donc, particulièrement vulnérables à la moindre tempête.
A la vitesse du son, le sous-préfet de Gex, Olivier Laurens-Bernard vole au secours de son préfet (Dauphiné, 2.5) et déclare benoîtement que les associations de défense (et le nouveau maire, bien sûr) avaient tout compris de travers. Il s’agissait de « huit îlots d’arbres et non pas d’arbres seuls ». Face à l’évidence, le sous-préfet reconnaît finalement l’abattage de 360 arbres (soit notre propre décompte, à cinq unités près). Ce qui fait tout de même 45 arbres par îlot ! Ce n’est plus un mensonge, c’est carrément un numéro d’illusionniste !
Où seront-ils dans cinq ans, ce brave préfet et son brave sous-préfet ? A l’autre bout de la France ? Dans un quelconque ministère, Désinformation, Injustice, Eco-démagogie ? Peut-être même à la retraite, à l’ombre d’une majestueuse forêt de chênes centenaires, loin des avions et de leurs nuisances ? Cinq ans. C’est à peu près le délai à partir duquel les premiers avions d’affaires (à réaction, bien sûr) pourraient commencer à atterrir et décoller sur la piste B enfin bétonnée. Il y aura belle lurette que le « bois du préfet », censé empêcher tout nouveau trafic aérien, aura été abattu à son tour. Le maire et les Ferneysiens protesteront. En vain. Loin, là-bas, à Paris, le gouvernement aura mieux à faire que d’empêcher ce nouveau forfait frontalier. Les nuisances se rapprocheront de 250 mètres du centre de Ferney (et de Meyrin). L’Etat, qui n’aura pas levé le petit doigt pour protéger ses citoyens, s’empressera d’édicter un nouveau Plan d’Exposition au Bruit, interdisant bien au-delà de la rue de Versoix et de celle de Meyrin toute construction à usage d’habitation. Il sera temps, alors, de se réfugier à Prévession.
A.D.
PS: L'infamie ne date pas d'hier. En 1748, Voltaire rapportait déjà un joli coup tordu de l'Etat tout-puissant:
Louis XIV avait témoigné qu'il souhaiterait qu'on abattît quelque jour un bois entier qui lui ôtait un peu de vue. M. d'Antin fit scier tous les arbres du bois près de la racine, de façon qu'ils ne tenaient presque plus; des cordes étaient attachées à chaque corps d'arbre, et plus de douze cents hommes étaient dans ce bois prêts au moindre signal. M. d'Antin savait le jour que le roi devait se promener de ce côté avec toute sa cour. Sa Majesté ne manqua pas de dire combien ce morceau de forêt lui déplaisait. « Sire, lui répondit-il, ce bois sera abattu dès que Votre Majesté l'aura ordonné. -- Vraiment, dit le roi, s'il ne tient qu'à cela, je l'ordonne, et je voudrais déjà en être défait. -- Hé bien, sire, vous allez l'être. » Il donna un coup de sifflet, et on vit tomber la forêt. "Ah! mesdames, s'écria Mme la duchesse de Bourgogne, si le roi avait demandé nos têtes, M. d'Antin les ferait tomber de même".
Voltaire, Anecdotes sur Louis XIV, 1748
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Tous au bois le 27 avril
Selon le préfet, il ne s’agissait plus que d’abattre « quelques arbres » afin de se conformer aux règles de la sécurité aérienne. Foutaises ! En toute impunité, les bûcherons recrutés dans le Gard ( !) ont poursuivi et achevé ( ?) leur basse besogne. Avec tous ceux et celles qui le désirent, Candide se rendra sur place dimanche 27 avril au matin (rendez-vous au Café du Soleil entre 8h30 et 9h).
afin de compter, photos à l’appui, le nombre réel d’arbres récemment abattus. Ce dénombrement précis donnera des armes supplémentaires aux associations et à la mairie dans leur combat juridique contre l'Etat, le préfet et l'ONF.
Pendant ce temps, le jeu de cache-cache se poursuit. François Meylan, maire de Ferney, a déposé plainte contre l’Etat. Du coup, la sous-préfecture s’est empressée de lui proposer un rendez-vous de «concertation» (une grande spécialité de l’Etat français: la concertation après l’action !). Oui, répond François 1er, mais à condition que tout soit mis sur la table et, surtout, que Genève participe aux négociations et soit co-signataire d’un accord global sur la réhabilitation des bois, la suppression de la «voie de débardage» aux allures d’autoroute forestière, la renonciation définitive à l’utilisation de la piste B, etc.
L’Etat est-il capable de manier autre chose que le mensonge ? Le lundi 14, après un face-à-face opposant les gendarmes (dont certains avec gilet pare-balles et bombe lacrymogène !), le représentant (resté résolument anonyme) de l’ONF (Office National des Forêts) s’était engagé à ce que plus aucun arbre ne soit abattu à proximité du pré de la Corne, là où d’ultimes chênes centenaires occultent encore, tant bien que mal, la vision directe sur l’aéroport. Hélas, les défenseurs de la nature n’avaient pas tourné les talons qu’un nouveau chêne tombait dans un grand fracas.
Menteurs et fiers de l’être !
A.D.
Si vous le pouvez, confirmez votre présence : candide@ferney-candide.fr
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L'Etat-voyou tronçonne
sa propre justice
Mardi 9 avril 2008
Comme un voyou, l’Etat se moque de la loi et de la justice. Le mardi 8 mars au matin, ses tronçonneurs ont fait irruption dans le bois de la Bagasse, à Ferney, pour achever le saccage qu’ils y avaient entrepris en 2004 et pour lequel ils avaient été définitivement condamnés l’année dernière !
Cette fois, pas le plus petit arrêté affiché à l’entrée de la forêt. Il est vrai que l’arrêté de 2004 avait été annulé par les tribunaux. Du coup, l’Etat anticipe. Il « aurait » l’intention d’en édicter un nouveau mais il entreprend ses basses besognes avant même sa publication et, donc, avant que la commune puisse y faire opposition ! Pas très réglo, mais assez finaud !
Pas de cars de CRS non plus. Profitant d’une météo exécrable, les bûcherons ont attaqué leur vilain boulot en catimini. C’est à peine si, tout au bout du chemin de la bagasse, un panneau mobile annonce des « élagages ». Sans le réflexe d’un promeneur, personne n’en aurait rien su, à commencer par le maire lui-même !
Les abattages (car il ne s’agit pas d’élagages, bien sûr) ont commencé dans la zone la plus reculée, la moins visible. Une trentaine d’arbres sont déjà tombés, dont certains avaient plus d’un mètre de diamètre et comptaient sans doute près de 100 ans !
Certes, le nouveau préfet avait discrètement prévenu de son intention, voilà quelques semaines, l’ancien maire Duty, le seul, depuis cinquante ans, à s’être montré favorable à un tel massacre. Mais on était en période électorale et Duty n’en a rien dit à personne.
A peine arrivé aux affaires, son successeur, François Meylan, a été informé de ce courrier déjà ancien et a immédiatement écrit au préfet (voir notre document) pour le mettre en garde contre l’illégalité de toute reprise des abattages. Rien n’y a fait.
Pour l’heure (peut-être parce que cette zone est bien visible de la route de contournement), les bûcherons ne se sont pas encore attaqués au « saint des saints », le groupe de chênes centenaires qui, au bout du pré de la Corne, cache encore aux Ferneysiens la vue directe de l’aéroport et de ses nuisances. L’assaut est-il prévu pour ces tout prochains jours ? Dès mercredi matin, François Meylan devait déposer plainte contre le préfet, avec demande d'effet suspensif. La justice tombera-t-elle comme manche après la cognée ? Ce n’est que trop son habitude !
François Meylan, qui était en 2004 président d’une des trois associations de défense des bois ayant intenté procès à l’Etat, est d’abord un légaliste. Il va donc tenter de s’opposer par la loi à cet abattage hors-la-loi. Les citoyens, eux, ont les coudées plus franches. Rien ne les empêche, rien ne nous empêche de nous rendre sur le terrain pour tenter de retarder le massacre, comme la première fois, jusqu’à une décision de justice salvatrice.
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DOCUMENTS
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Extraits de la lettre du préfet à P.-E. Duty, 6.2.2008
« Comme vous le savez, les travaux de sécurité engagés en 2003 – pour le respect des servitudes aéronautiques –sur les bois français qui bordent la piste A23 de l’Aéroport International de Genève ont été interrompus le 1er février 2005 par la décision de la Cour administrative d’Appel de Lyon. Depuis cette date, les travaux nécessaires sur les bois de l’Etat à Ferney-Voltaire ont été autorisés par le Ministre chargé de l’Agriculture, en date du 13 août 2007. (..) Dans ces conditions, je vous informe de mon intention de terminer ce chantier en procédant aux coupes précitées début avril ».
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Extraits de la lettre de François Meylan au préfet, 27.3.2008
"Vous n'ignorez pas que le Tribunal Administratif de Lyon a annulé l'arrêté préfectoral du 28/11/2003 autorisant les coupes et abattages dans les bois de la Bagasse, annulation confirmée par la Cour Administrative d'Appel de Lyon le 8/03/2005. L'Etat s'est ensuite désisté de son pourvoi en cassation devant le Conseil d'État, qui en a pris acte par ordonnance le 18/09/2007. Par conséquent, toute action qui pourrait être menée dans le périmètre concerné par cette décision sera considérée comme en infraction à ce jugement.
Il est à mon sens impératif de suspendre les opérations dans l'attente de la mise en place d'une véritable concertation avec la commune et les associations(..) Permettez-moi de vous préciser que, si nous voulons évidemment que la sécurité puisse être assurée, nous exigeons également que la protection de l'environnement le soit aussi.
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Extraits de la réponse du préfet, 4.4.2008
"En sanctionnant ma décision seulement sur un moyen de légalité externe, les juridictions administratives n’ont pas contesté le bien-fondé des opérations envisagées. (..) Je vous confirme donc ma décision de faire réaliser dans les plus brefs délais les travaux prévus sur le tènement appartenant à l’Etat. Parallèlement à cela, je souhaite lancer (..) la procédure administrative de déclaration préalable aux coupes et abattages nécessaires sur le tènement privé" (appartenant à l’Aéroport, NDLR).
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Message de François Meylan aux associations de défense des bois et aux citoyens ferneysiens, 9.4.2008
"Chers amis,
Le préfet de l'Ain, M. Soubelet, avait averti M. Duty le 6 février dernier par courrier confidentiel qu'il allait entreprendre une opération de coupes restreintes dans les bois de la Bagasse afin, selon lui, de respecter les accords franco-suisses et le décret du Conseil d'Etat de 1968. M. Duty n'a pas jugé bon de communiquer cette information, ni à ses services ni à moi-même. Je n'ai été mis au courant que le 17 mars, par un téléphone avec le préfet.
J'ai entrepris une démarche écrite auprès du préfet, à laquelle il m'a répondu avant-hier, me disant que le jugement n'avait pas été défavorable à l'Etat, qu'il avait depuis août 2007 une autorisation du ministre de l'agriculture et qu'il s'apprêtait à prendre une mesure administrative pour le tènement appartenant à Nord Aviation (Etat de Genève). Il m'a également proposé une rencontre à Ferney avec le conseil municipal.
Or j'ai appris hier que le préfet avait donné l'ordre d'exécution, qu'une trentaine d'arbres avaient été coupés et que des sujets avaient également été élagués. Ces coupes ont repris ce matin.
En tant que nouvelle équipe municipale, nous aurions souhaité une véritable concertation sur la sécurité et l'environnement dans les bois de la Bagasse. Malheureusement, l'histoire se répète et la municipalité va devoir entreprendre dans l'urgence des actions en justice.
Je tenais à vous informer de la situation car nous aurons besoin à nouveau de votre mobilisation.
Avec mes amicales salutations.
François Meylan
Maire de Ferney-Voltaire
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Mars 2008
Touche pas à mon bois
Au mépris d'une précédente décision de justice, le préfet de l'Ain vient de décider de reprendre et d'achever l'abattage de la partie des bois de la Bagasse concernée par l'arrêté, pourtant juridiquement annulé, de son prédécesseur !
Déjà, en 2004, des centaines de Ferneysiens s'étaient opposés à ce massacre inutile. La justice leur avait finalement donné raison, trop tard, hélas, pour que tous les chênes vénérables puissent être sauvés.
Quelle mouche a-t-elle donc piqué le préfet et, à n'en pas douter, le gouvernement lui-même ? Tentation de revanche après la piteuse et très médiatique retraite de 2004 ? Intérêts "supérieurs" de l'Etat ? Simple acharnement administratif ?
Fait nouveau: celui qui était l'un des principaux opposants au massacre de 2004, François Meylan, vient d'être élu maire de Ferney. Sans doute la défaite de son prédécesseur n'est-elle d'ailleurs pas étrangère au soutien qu'il avait apporté à l'Etat dans cette affaire. Du coup, les Ferneysiens et tous les défenseurs de l'environnement se sentiront moins seuls.
L'Etat et ses représentants auront-ils la sagesse de tenir compte de cette nouvelle donne ? Pas sûr. Les futurs bûcherons auraient déjà été recrutés. Leurs tronçonneuses seraient prêtes. On sait que les meilleurs coupes de bois se font au début du printemps, avant la montée de la sève. Le risque est donc imminent. Les Ferneysiens doivent se tenir prêts.
Ferney-Candide se tiendra à leur côté, bien sûr. Pour l'heure cependant, il faut encore donner une chance à la négociation et au bon sens. Peut-être serait-il bon aussi que nos voisins genevois, premiers demandeurs de cette mauvaise action, prennent conscience qu'avec l'évolution des technologies, les bois ne menacent plus la sécurité de l'aéroport. Moins en tout cas que l'énorme bâtiment de l'Arena ou les voltes incessantes de petits avions décollant sur une piste parallèle sans existence légale.
A l'heure où on parle d'une région franco-valdo-genevoise capable de s'affranchir des frontières, il serait temps que la Suisse en général et Genève en particulier donnent un signe fort de leur volonté de changement dans leurs rapports avec leurs anciens "vassaux", pays de Gex en tête.
Pour la clarté du débat, ont peut retrouver la chronologie de cette affaire sur le site de Ferney-à-Venir. De son côté, Ferney-Candide publiera régulièrement les documents permettant de mettre la situation en perspective, à commencer par la photo aérienne des bois et de l'aéroport.
Enfin, Ferney-Candide met à la disposition de ses lecteurs un forum dans lequel chacun peut exprimer ses questions, ses doutes, ses convictions et ses coups de colère.